jeudi 19 février 2015

Le #DPFest à @Lapaillasse



Mardi 27 janvier ont eu lieu dans le cadre du festival du domaine publique une série de conférences à la Paillasse, espace de biohacking (mais pas que) en plein coeur de Paris.

Comme le lieu s’y prêtait, le thème de la soirée fût le domaine publique et le vivant.

Le premier intervenant était Jonathan Keller, de la Paillasse. Après nous avoir présenté le lieu, ainsi que le code de l'éthique DYBIO auquel adhère la Paillasse, il a dressé un panoram des différents modes de propriété intellectuelle utilisables dans un lieu alternatif comme celui-ci, et des difficultés y afférant, surtout dans le domaine de la biologie participative. Ainsi, il n'est pas possible d'obliger les participants à faire de l'open-source. La eule solution semble être le lien contractuel, ce qui peut être inadéquat.

L’histoire d’un geste qui sauve



Puis, Thierry Crouzet, écrivain et blogueur, nous a présenté l’histoire de Didier Pittet, epidemiologue, qui à contribué à la diffusion du gel hydroalcoolique.

Ce que j’ai appris : la situation dans les années 80 avec 18 % de maladies nosocomiales dans les hôpitaux n’était pas très éloignée de celle des débuts de la médecine et de la découverte de l’importance de l’hygiène.

De plus, l’histoire des forceps est instructive : pendant plus d’un siècle cet instrument facilitant l’accouchement est resté le monopole d’une famille de médecin réputée alors que sa diffusion aurait pu sauver des milliers de vies.

On pourrait croire que la volonté de mettre dans le domaine publique une invention est un choix contre-économique, mais il n’en est rien comme le montre l’exemple du gel hydroalcoolique. En effet, une fois que la formule a été diffusée, et quand bien même il était possible d’en fabrique soi-même, la demande a explosé de tel sorte que les producteurs en ont vendu plus que lorsque le prix en était onéreux.

Openscope



Luc Jonveaux nous a présenté le projet Echopen : open-source et open-hardware dans le milieu industriel.

Le but de ce projet est de rendre accessibles, ouvertes et collaboratives les technologgies d'imageries médicales par ultrason. Le concept de l'echostéthoscope, c'est une sonde à brancher sur un smartphone pour faire de l'échographie.

Certes, des modèles existent déjà, mais sont hors de prix, et basés sur des technologies non-libres. L'approche d'Echopen, est de reprendre des designs et des principes anciens (et donc dans le domaine publique), à l'aide de technologies et de paradigmes d'aujourd'hui. En effet, les orientations technologiques actuels ne sont pas forcément plus efficaces que celles tombées en désuétudes.

L'une des particularité de cette approche est que paradoxalement, les brevets peuvent être profitables : en effet, la plupart des brevets décrivent l'amélioration d'une invention déjà existante. Cet exercice de reconstruction d'un "graphe de l'innovation", en partant des brevets actuels, permet donc de retrouver des inventions qui peuvent être aujourd'hui dans le domaine publique, et qui sont donc utilisable librement !

Semences et préservation de la biodiversité



Pour finir, Blanche Magarinos-Rey, avocate de Kokopelli, nous a parlé des multiples particularités du régime de la propriété intellectuelle dans le domaine de l'agriculture. En effet, seuls sont autorisé à la semence des variétés inscrites à un Catalogue autorisé. Celui-ci ne comporte que des hybrides infertiles, récemment crées, tandis que les variétés traditionnelles sont illégales. Si l'on transposait ce principe à celui du droit d'auteur, cela voudrait dire que raconter des contes de fées anciens serait illégaux, et que tous les parents devraient à la place raconter Harry Potter à leurs enfants !

Cette situation dans laquelle le bien commun a été pris d'assaut par les industrielles entraîne d'autre conséquence, dont la moindre est la perte de la variabilité génétique des semences autorisées, ce qui réduit la résistance de l'espèce entière.

Références

Le site de La Paillasse : http://lapaillasse.org/

Présentation de la soirée : http://festivaldomainepublic.org/domaine-public-brevets-sante-semences-27-janvier.html




jeudi 8 janvier 2015

Charlie Hebdo - réflexions en vrac

Réveil avec la gueule de bois ce matin après une nuit passé sur Twitter à traquer les premières informations au sujet de l’attentat de Charlie Hebdo.

J’en garde une impression mitigée. Surtout, ce qui me gène, c’est l’unanimité des réactions dans l’émotion.

J’ai toujours l’impression que lorsque c’est évident pour tout le monde, on y a pas assez réfléchit.


Les jours-qu’on-se souvient parce qu’ils sont historique


Je suis incapable de me souvenir de ce que j’ai mangé il y a deux jours, mais je me souviens avec acuité des circonstances durant lesquelles j’ai appris la collision d’un avion de ligne avec une tour du World Trade Center de New-York, le visage de ma collègue lorsqu’elle me l’annonça, ma position dans le bureau, quand bien même tous le reste de mes souvenirs de l’année 2001 s’est affaidi pour se transformer en un brouillard bienvenu vu les crises que je traversais à cette époque.

Il paraît que nous avons une mémoire spéciales pour les événements historique. N’est-ce pas étrange, une zone de la mémoire réservée à, tout au plus, une quinzaine d’évènement de cette amplitude dont peut témoigner une vie humaine ?

Ce sont des souvenirs qui s’imposent à nous, quand bien même l’événement historique vous concerne aussi peu que la victoire de la France aux Championnat du Monde de Football en 1998 (ce soir-là, je n’ai pas regardé le match, mais un film d’Almodovar sur Arte).

Il faut donc croire que la journée d’hier, avec la configuration du bureau anonyme dans laquelle j’ai appris la nouvelle de la fusillade, et le visage de mes collègues que je quitterais sans doute avant la fin de cette année pour ne jamais les revoir, va s’obstiner à vivre en moi par la grâce de cet événement.


Charlie hebdo : un journal qu’il était bien (au siècle dernier).


Une fois ma première paie acquise, Charlie Hebdo a été le premier journal que j’achetais régulièrement.

Charlie Hebdo, ce n’étaient pas seulement des caricatures et des unes caustiques, mais aussi des articles, sur l’écologie (ils parlaient même de décroissance à une époque où c’était un gros mot), les critiques littéraires de Michel Polac ou les chroniques économique de Bernard Maris, disparu hier.

Pourtant, longtemps avant l’affaire des caricatures de Mohamet, j’avais cessé de le lire : en effet j’avais constaté le virage atlantiste amorcé par Philippe Val, avec notamment ses prises de position en faveur de la deuxième guerre d’Irak - pour ne rien dire certains de ses éditoriaux, sidérant de ce que je ne pouvais pas considérer comme autre chose que de la mauvaise foi sur certains événements du Moyen-Orient.

Quant aux caricatures de Mohamet, je ne conteste pas la sincérité de leur engagement, mais je n’ai jamais pu me départir de l’impression qu’ils ont été instrumentalisé.


Un onze septembre à la française ?


Aujourd’hui, tous le monde déclare être Charlie, comme après le 11 septembre 2001 nous étions tous américains. Si cette analogie est pertinente, nous pouvons craindre le pire, lorsqu’on voit ce que sont devenus les Etats-Unis par la suite, et par extension le monde.

J’oses espérer que tous ceux qui défileront pour la liberté d’expression sauront s’en souvenir lorsqu’on nous présentera des projets de loi genre Patriot Act.

mercredi 7 janvier 2015

2014 : une rétrospective personnelle (deuxième partie)

Suite de cette rétrospective de l'année 2014.

Je me propose de faire un compte-rendu de mes découvertes et de mes évolutions personnelles durant celle-ci.

Je la diviserais en trois parties :

1 / Du journal intime à la tweet-story

2/ Des Indignés de la Défense aux Hackerspace

3/ Des investissements atypiques au Bitcoin


Des indignés de la Défense aux Hackerspace


Je poursuis cette rétrospective personnelle de l’année 2014 en me concentrant sur son aspect associatif, qui à été assez riche.

Petit retour en arrière pour commencer, en 2012 plus précisément, durant le mandat Sarkozy. J’avais été intéressé par le mouvement des Indignés à cause de sa volonté de changer les choses, et aussi pour ses principes d’organisation où les décisions se prenaient collectivement après un consensus et non un vote, au cours d’Assemblée Générale. Surtout, ce mouvement me paraissait la version IRL du principe des Anonymous (tout le monde peut en faire partie, il n’y a pas de centre, l’organisation été massivement décentralisée).

Les intentions étaient louables, mais les conditions étaient difficiles, entre les flics ne cessant de nous harceler sur le parvis de la Défense avec une violence rare (une participante, modérée devenue plus tard une amie, se souvient encore du coup de matraque républicaine qui aurait ou mettre un terme à cette modération si elle avait été plus impulsive), et le froid qui s’abattait sur le Parvis. Il faut croire que comme la misère, la Révolution est plus facile au soleil.

Sans compter les luttes d’égos internes au mouvement : les principes étaient louables sur le papier, mais dans la pratique les AG se transformaient trop souvent en pugilat lorsqu’elles ne sombraient pas dans des discussions incessantes n’aboutissant sur rien.

J’en gardais donc une impression amère, mais tout au moins celle-ci me permit de nouer des relations avec des personnes que je fréquentes toujours.

Au début de cette année, j’avais commencé à m’intéresser aux Maîtres Ignorant. La thèse de ce groupe composé d’ancien Indignés de la Défense est qu’il est possible d’apprendre des choses sans forcément avoir de professeur sachant, uniquement par le dialogue. Cette idée me laissa sceptique, aussi voulu-je voir ce qu’il en était.

* * *

La théorie des maîtres ignorants me laissa tout d’abord sceptique, mais je dois reconnaître que l’application de ces principes, s’ils ne faisaient pas de miracles, n’étaient pas dénuées de résultats. Durant ces sessions, je sentais vraiment l’émergence d’un savoir se cristallisant au sein de la discussion.

Deux sessions en particulier eurent une influence majeures sur la suite de mon année. La première était la rencontre avec une coopérative globale toulousaine s’inspirant d’une expérience barcelonnienne de communauté, la seconde la rencontre avec les membres du Loop, un hackerspace squattant une ancienne caserne parisienne.

J’appris que l’organisation de la coopérative était quelque peu différente de celle des Indignés : les décisions concernant l’organisation ne se prenaient pas après d’interminables discussions durant les AG, mais prise individuellement, et si celles-ci posaient problème on en discutait en AG. La do-icraty : celui qui fait, décide. Et on n’en discute que s’il y a objection radicale par la suite.

Le même principe était en application au Loop.

Évidemment il ne s’agissait de rien de parfait ; mais ce simple principe était plus efficace que ce que j’avais vu auparavant.

Au cours de l’année j’ai recroisé d’anciens Indignés de la Défense, qui tous était d’accord sur ce point : au lieu de s’indigner en parlant de politique, participer au mouvement des hackerspace était beaucoup plus positif pour changer la société.

Du côté de mon boulot, j’étais en intercontrat ; j’avais donc du temps, que j’espérais consacrer à une véritable étude des tiers-lieux parisiens. Le dernier en date que j’ai visité à été La Paillasse, biohackerspace au coeur de Paris.

Il y aurait de passionnantes études comparatives à faire entre ces différents lieux, leur population, leur configuration, propice à déterminer un spectre complet de ce que peuvent être ces lieux alternatifs. Ce qui sera l’objet d’un autre billet.

mardi 30 décembre 2014

2014 : une rétrospective personnelle (première partie)

Lorsque je songe à l'année qui s'achève, j'ai l'impression qu'elle fût courte : des événements datant des premiers mois ne me semblent distants que de quelques semaines. Elle se révéla pourtant féconde.

Je me propose de faire un compte-rendu de mes découvertes et de mes évolutions personnelles durant celle-ci.

Je la diviserais en trois parties :

1 / Du journal intime à la tweet-story

2/ Des Indignés de la Défense aux Hackerspace

3/ Des investissements atypiques au Bitcoin

Du journal intime à la tweet-story

A l'époque où l'un de mes rêves était de passer à Apostrophes pour parler de bouquins que je n'avais pas encore écrit en étant riche et célèbre (naïveté de la jeunesse : j'avais 14 ans), j'avais commencé la rédaction d'un journal intime. J'y notais surtout mes rêves, puis des réflexions personnelles, enfin des événements de ma vie que j'espérais recycler dans des ouvrages de fictions.

Mais tandis que mes rêves de publications s'éloignaient, je n'ai jamais cessé de l'alimenter. Il était cependant hors de questions de le publier, surtout sur internet, d'abord à cause de mon style, ensuite parce que je n'aurais pas supporté d'être soumis aux critiques.

* * *

C'est en 2012 que je me suis enregistré sur Twitter, à l'initiative d'une Indignés rencontrée à OccupyDefense qui l'utilisait pour obtenir des informations en temps réels sur les événements.

Ne voyant pas l'intérêt de ce réseau social, j'avais progressivement fini par l'abandonner.

Je l'ai réactivé au début de cette année, avec l'ambition de l'utiliser comme point d'entrée pour un hypothétique blog, l'alimentant avec des liens en rapport avec la politique, le logiciel libre ou de vagues haïkus.

Progressivement, l'exercice consistant à s'efforcer d'exprimer une pensée complexe en moins de 140 caractères à fini par me plaire.

Je souhaitais diffuser mon message, quel qu'il puisse être, et, un après-midi, desespéré de ne pas avoir plus de follower et de retweet, après avoir lu un article de marketing appliqué aux réseaux sociaux, j'ai remplacé ma PP (la carte de la Lune, dans le Tarot) par une statue blafarde émergeant de l'eau sombre d'un lac, courbes juvéniles d'une femme sculptée dans une pierre ancienne, ressemblant à l'une des héroïnes que j'ai décrite ou enfanté dans un mes bouquins inachevés, ou à une partie de mon âme que je me garde bien d'exposer dans la vie réelle, celle pour qui les songes sont plus importants que la morne vie quotidienne et mon boulot dans l'informatique.

C'est pourquoi j'ai entrepris d'écrire mes rêves dans Twitter, le matin, à peine éveillé. De sorte que mon inconscient est en connexion directe avec cette entité collective universelle en gestation qu'est internet.

Ma PP était plus belle que le fouillis précédent. Les followers sont arrivés. Bon, ce ne fut pas un tel causeàeffetisme : je me suis également rendu compte que de me parer de cette figure féminine ou au moins androgyne modifiait ma manière de me comporter. J'ai commencé à poser plus de questions, vaguement énigmatiques, à adresser la parole plus facilement aux autres twittos, à me fier à mes intuitions.

* * *

J'étais d'une timidité maladive sur les internets. En effet, tout ce qu'on y laisse reste et demeure à jamais. J'ai fini par la vaincre, et seul le micro-blogging m'aurait permis de le faire, et non une participation sur des forums plus conséquents.

Progressivement au cours de l'année, je me suis aperçu que j'ai fini par translater la plupart de mes réflexions personnelles de mon journal intime à Twitter.

De plus, au lieu d'y consigner mes impressions sur des conférences (j'y reviendrais), je me suis mis à les live-twitter au profit de mes followers, puis à les mettre en forme comme j'ai pu le faire pour Passage en Seine. Cela me donnait l'impression de pouvoir apporter quelque chose au monde, au lieu de le garder pour moi, enfermé dans mon esprit ou mon journal intime.